Bourse : des vents porteurs⊠mais un risque de change à surveiller
Entre dĂ©tente monĂ©taire mondiale, rachats dâactions record et rĂ©silience des entreprises, les marchĂ©s actions Ă©voluent dans un environnement favorable. Mais lâenvolĂ©e de lâeuro face au dollar pourrait rebattre les cartes dans les mois Ă venir.
Des marchĂ©s dopĂ©s Ă la liquidité⊠pour lâinstant
La scĂšne boursiĂšre mondiale respire. Depuis le dĂ©but de lâannĂ©e 2025, 64 baisses de taux ont Ă©tĂ© recensĂ©es dans le monde, un record depuis la pandĂ©mie. De la Banque centrale europĂ©enne (quatre baisses consĂ©cutives) Ă la Banque du Canada, en passant par la Banque dâAngleterre et la BNS, les banques centrales ont desserrĂ© les boulons. Objectif : accompagner le ralentissement de lâinflation sans casser la croissance. RĂ©sultat : la liquiditĂ© abonde, et avec elle, une vague de soutien aux actifs risquĂ©s.
Ce mouvement coĂŻncide avec un autre phĂ©nomĂšne haussier : les rachats dâactions atteignent des sommets Ă Wall Street, dynamisant mĂ©caniquement les cours des grandes capitalisations amĂ©ricaines. Par ailleurs, les entreprises font preuve dâune rĂ©silience remarquable face aux tensions commerciales ou Ă la remontĂ©e des coĂ»ts dâapprovisionnement. âOn est loin du scĂ©nario noir Ă©voquĂ© en avril dernier lors du âJour de la LibĂ©rationâ post-Ă©lections europĂ©ennesâ, note Christopher Dembik, conseiller stratĂ©gique chez Pictet Asset Management.
La dynamique est dâautant plus soutenue que les perspectives politiques amĂ©ricaines semblent se stabiliser. Dembik sâattend Ă ce que lâadministration Trump modĂšre ses positions Ă lâapproche des Ă©lections de mi-mandat, soucieuse de ne pas heurter une classe moyenne massivement exposĂ©e aux actions : 49âŻ% des actifs des mĂ©nages amĂ©ricains sont en bourse, contre seulement 10âŻ% en France.
Le retour du risque de change
Mais tout nâest pas si simple. DerriĂšre lâeuphorie des indices se cache un signal dâalerte majeur : la remontĂ©e brutale de lâeuro face au dollar. Depuis janvier, la paire EUR/USD a gagnĂ© +13âŻ%, un mouvement rare sur une si courte pĂ©riode. Et ce nâest pas fini : les banques dâinvestissement tablent sur un euro Ă 1,23 dâici fin 2025, et 1,30 en 2026 â un niveau plus atteint depuis 2014.
Cette apprĂ©ciation, si elle se confirme, pourrait lourdement pĂ©naliser les performances des portefeuilles europĂ©ens exposĂ©s aux actifs libellĂ©s en dollars. Dembik insiste sur un indicateur peu commentĂ© mais crucial : la volatilitĂ© implicite sur lâEUR/USD, calculĂ©e Ă partir des contrats Ă terme Ă 3 et 6 mois. Elle est aujourdâhui anormalement Ă©levĂ©e, traduisant des anticipations de mouvements violents Ă venir. âLe risque de change, longtemps sous-estimĂ©, revient au premier planâ, alerte-t-il.
Dans ce contexte, les investisseurs devront surveiller de prĂšs la composition en devises de leurs portefeuilles, et envisager des couvertures adaptĂ©es. Les grandes multinationales europĂ©ennes exportatrices, notamment dans le luxe ou lâaĂ©ronautique, pourraient voir leurs marges rognĂ©es si lâeuro reste fort. Ă lâinverse, certaines valeurs domestiques, moins sensibles au change, pourraient tirer leur Ă©pingle du jeu.
